La privation dans votre assiette… ou dans votre tête ?

Écrit par Marjolaine Mercier.

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La privation dans votre assiette… ou dans votre tête ?

Avez-vous déjà remarqué comment il est rendu « normal » de constamment « faire attention » à son alimentation ? Bref, de se priver!

D’un autre côté, les médias nous rappellent sans cesse que le nombre de personnes souffrant de surpoids, d’obésité et de maladies chroniques est toujours en hausse.

Et si le fait de se priver nous amenait à manger plus et à prendre du poids plutôt qu’à en perdre? Faisons la lumière sur ce phénomène en apparence paradoxal.

Quand la tête veut remplacer les papilles gustatives

Reflet de cette préoccupation généralisée à l’égard des aliments et du poids, les commentaires et les pensées faisant allusion au contrôle alimentaire accompagnent dorénavant la plupart de nos repas.

Voici quelques exemples de pensées, de commentaires et de croyances axés sur la privation :

« Tu sais, tu ne devrais pas manger cela, c’est bourré de calories et de sucre! »

« J’ai triché hier soir. Je mange donc une salade aujourd’hui pour diner et je vais essayer de ne pas trop mettre de vinaigrette. »

« Ne me tente pas avec tes chips, sinon je vais finir le sac au complet. »

« Non merci, je ne vais pas prendre de gâteau de fête. Ça fait trop engraisser! »

« J’ai encore faim, mais comme j’ai mangé ma ration de calories pour le diner, je vais arrêter là. »

« J’ai encore flanché hier. Pourquoi je ne suis pas capable de me motiver? »

« J’aurais dû prendre un smoothie au lieu du sundae au chocolat à la crèmerie. »                                          

Autrement dit, dans ce mode d’alimentation, on choisit non pas les aliments en fonction du goût et nos envies (pour le plaisir qu’ils nous procurent), mais bien en fonction de ce que l’on sait (ou croit savoir) sur leurs propriétés nutritives.

Les pensées et les croyances (la tête) se mettent donc à prendre la place des signaux internes de faim et de satiété (l’estomac), qui guidaient naturellement nos choix quand on était de jeunes enfants. Or, un aliment ne se résume pas à la somme de ses nutriments… ou de ses calories!

En fait, voir un aliment ainsi peut nous jouer de mauvais tours. Si on juge un aliment que selon le nombre de calories qu’il contient, on peut par exemple opter pour une boisson gazeuse régulière ou diète au lieu d’un verre de lait ou de boisson de soya, qui est certes plus riche en calories, mais ô combien nutritif et efficace pour combler un petit creux (et éviter d’être affamé rendu au souper).

Bref, en choisissant de plus en plus les aliments avec sa tête, on s’éloigne du plaisir de manger. Or, la satisfaction gustative est cruciale pour être rassasié aux repas!

Des privations qui se transforment en excès dans l’assiette!

 Savez-vous combien de fois j’ai entendu cette phrase dans mon bureau de consultation : « tout va bien dans la journée, mais c’est le soir que je flanche » ? Je ne compte plus, tellement c’est fréquent!

Voici un cercle vicieux de la privation alimentaire très commun :

1.Le déclencheur : le désir de perdre du poids ou la crainte d’en prendre

Afin de perdre du poids, les personnes qui entrent dans le cercle vicieux de la privation décident de limiter leurs apports alimentaires et de « faire attention » à leur alimentation.

Désirant perdre du poids rapidement, ces personnes sont donc tentées de mettre les bouchées doubles côté alimentation. Adieu les sucreries, les chips, les grignotines… Bienvenue les aliments que plusieurs qualifient comme étant des « superaliments », « légers » ou « détoxifiants ».

 2.La motivation dans le tapis! Aucun écart n’est permis.

« Ça commence bien tous les matins. On se lève plein de bonne volonté et d’énergie, bien décidé « cette-fois-ci », à « s’y mettre sérieusement » selon la psychologue M. Le Barzic.

Et hop, on prend un déjeuner et un diner respectant scrupuleusement les recommandations alimentaires et les règles de modération, sans céder aux « aliments plaisir ».  Afin d’enclencher encore plus rapidement une perte de poids et de prévenir d’éventuels excès, on mange des portions nettement moins grandes que ce à quoi on croit « avoir droit ».  Ce faisant, on termine les repas en restant sur sa faim et sans être satisfait de ce qu’on a mangé, mais on résiste…

Bref, en « mode privation », on cesse de choisir les aliments en fonction du plaisir qu’ils nous procurent et on privilégie les informations cognitives, externes et étrangères à nous, au détriment de ses propres sensations physiologiques et internes.

La motivation commence toutefois à s’effriter plus les « aliments plaisir » défendus nous trottent en tête et plus l’estomac crie famine…

3.L’épuisement et l’estomac dans les talons

De retour à la maison, en fin de journée, on est complètement aspiré par le réfrigérateur. Bref, on mangerait les murs tellement on a faim!

On commence donc à grignoter tout ce qui nous tombe sous la main pendant qu’on cuisine. Puis, on soupe en mangeant rapidement, sans profiter du moment et sans chercher à arrêter de manger à satiété, car « c’est gâché pour aujourd’hui »!

4.La déception et le retour en force des « aliments plaisir »

Fâché et déçu de soi, on a tendance à croire qu’on a manqué de volonté (mais laissez-moi vous dire que s’affamer toute la journée, sans écart, exige au contraire beaucoup de volonté!). Puis, on se sent coupable. On se punit donc souvent en grignotant devant la télévision les « aliments plaisir » que l’on peut trouver.

Ou encore, on tente de chasser nos envies de grignotines en mangeant une multitude d’aliments nutritifs (fruits, yogourt, fromage, noix, compotes, etc.). Et tôt ou tard, cette envie va surpasser le contrôle alimentaire. Résultat : on risque de finir la soirée ou la semaine en dévorant, enfin, cet « aliment plaisir » dont on a tant envie, en plus de tous les autres aliments nutritifs qu’on a mangés sans avoir réellement faim.

5.Le résultat paradoxal : on mange plus et on prend du poids!

Au final, en mangeant ainsi, on mange beaucoup plus au total dans la journée et plus d’« aliments plaisir » que si on n’avait pas cherché à se limiter. Malgré tous les efforts déployés, on risque donc de prendre du poids, plutôt que d’en perdre.

Autrement dit, les 1 500 calories sans sucre, ni graisse, ni goût, ni plaisir qui étaient programmés le matin, sont devenues près de 2 500 calories très riches en gras, en sucre, en sel...et en culpabilité. C’est dire que la privation mène aux excès!

Étant déçu d’avoir échoué, on risque d’être tenté de recommencer à se priver le lendemain. Et on recommence ce cercle vicieux de la privation…

5 autres conséquences de la privation

 En plus de favoriser un gain de poids, la privation a plusieurs conséquences négatives pour la santé physique et psychologique. En voici quelques-unes :

 Déconnexion de nos précieux signaux corporels : En agissant de la sorte, on se déconnecte de nos précieux alliés en matière de saine gestion du poids : les signaux de faim et de satiété.

Les aliments occupent constamment nos pensées et grugent notre énergie : Oh qu’il est épuisant de toujours penser aux aliments et à des règles alimentaires! En plus, le simple fait de penser à « manger moins » ou à « manger différemment », c’est d’abord penser à « manger ». Bref, ceci nous porte à avoir envie de manger plus souvent, même si on n’a pas réellement faim.

Les aliments dits « interdits » deviennent plus attirants : C’est bien connu, il est tentant de braver les interdits. Dites à un enfant de ne pas sauter par dessus la clôture et il risque encore plus d’être tenté de le faire. S’imposer des « interdits alimentaires » a le même effet! Le simple fait de percevoir les « aliments plaisir » comme étant défendus fait en sorte qu’ils deviennent encore plus intéressants et attirants que les aliments « permis ».

Et lorsque l’on mange enfin ces aliments interdits, on risque fort d’en consommer une grande quantité. Bref, c’est tellement rare qu’on « se permet » d’en manger que notre estomac semble un puit sans fond. Les pensées ou l’odeur des aliments, l’alcool, le stress, les émotions, l’anxiété ou simplement des imprévus peuvent d’ailleurs déclencher des prises alimentaires incontrôlables.

Or, aucun aliment à lui seul n’est démoniaque ou n’est gage de santé !

L’alimentation, ce n’est pas tout noir ou blanc, mais rempli de zones grises. Tout est une question de quantité, d’équilibre et de plaisir dans l’assiette! Rencontrez une de nos nutritionnistes pour en savoir plus sur l’alimentation équilibrée et sur l’écoute des signaux de faim et de satiété.

Développement d’une relation malsaine avec les aliments et de troubles de comportements alimentaires : À force de se priver et de se préoccuper de son alimentation, on peut en venir à développer une relation trouble avec les aliments et avec son corps. Si l’alimentation était source de plaisir et de rassemblement auparavant, elle devient plutôt source d’anxiété, d’isolement et de honte.

Des conséquences psychologiques : Découragement, sentiment d’échec, diminution de l’estime de soi et de la confiance en soi, voici quelques conséquences psychologiques qui peuvent accompagner l’échec d’un régime populaire ou du fameux « faire attention ».

Le fameux « tant qu’à y être » punitif !

Avez-vous déjà entendu qu’en amour, c’est quand on arrête de chercher qu’on trouve? En alimentation, c’est un peu la même chose. C’est quand on arrête de vouloir contrôler tout ce qu’on mange et qu’on fait enfin équipe avec son corps qu’on passe en « mode écoute » et qu’on peut commencer à perdre du poids.

Vous n’êtes pas encore convaincu? Regardons de plus près la théorie de Polivy et Herman derrière le phénomène de la privation…

À partir d’expériences effectuées chez des sujets qui restreignaient leur alimentation en vue de maitriser leur poids, ces chercheurs ont démontré que lorsque ces individus croyaient avoir mangé en excès (même si ce n’était pas nécessairement le cas), ils cessaient soudainement de se restreindre et mangeaient plus que les gens qui n’avaient pas tendance à se priver. Oui oui, vous avez bien lu! Comme si dès qu’on « trichait », la porte de pandore s’ouvrait enfin et l’estomac n’avait plus de fond

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Ainsi, dans l’image ci-dessus, on peut constater que les individus qui avaient tendance à se priver mangeaient plus de crème glacée s’ils croyaient qu’elle était riche en calories ou s’ils ne connaissaient pas sa valeur nutritive.

Ceci est dû au fameux « tant qu’à y être » punitif qui accompagne souvent le moindre écart commis par les mangeurs qui sont en « mode privation ». Bref, le simple fait de se sentir coupable de déroger à ses règles alimentaires peut entrainer des débordements alimentaires.

Autrement dit, à force d’étirer l’élastique de la privation, il risque de nous revenir subitement en pleine face et avec plus de force que si on lui avait laissé un peu de « lousse » par moment.

Et si on renversait la norme de la privation ?

Vous vous reconnaissez dans le cercle de la privation? Sachez que vous n’êtes pas seuls! Selon un sondage effectué par ÉquiLibre et Elle Québec :

  • 31% des femmes croient que bien manger implique de se priver des aliments qu’elles aiment.
  • 53% des femmes ressentent de la culpabilité lorsqu’elles mangent.

 Autrement dit, il est devenu socialement acceptable de rester sur sa faim à la fin du repas, d’opter pour des petites portions, de se priver d’aliments dits « engraissants » ou « mauvais pour la santé » et d’essayer des régimes populaires.

Pourtant, même si ces comportements partent d’une bonne intention (perdre du poids et améliorer sa santé), rappelez-vous que ceux-ci contribuent plutôt au gain de poids (en nous portant à manger plus au total dans la journée et à avoir des rages d’aliments).

Pour rétablir une saine relation avec la nourriture, faites-vous accompagner par une de nos nutritionnistes en composant le 438-882-1719 ou en nous écrivant au info@marjolainemercier.com

Rédaction : Maude Lagacé Dt.p.

Révision : Marjolaine Mercier Dt.p.

Références :

  • Apfeldorfer, G., Zermati, J.-P. Traitement de la restriction cognitive : est-ce si simple? 6es rencontres du GROS: progress dans l’abord des obésités. Obésité 2009; 4:91-96.
  • M Le Barzic. Le syndrome de restriction cognitive : de la norme au désordre du comportement alimentaire. Diabetes Metab (Paris) 2001 ; 27(4):512-516. 
  • Markowitz, JT., Butryn, ML., Lowe, MR. Perceived deprivation, restrained eating and susceptibility to weight gain. Appetite 2008 ; 51(3):720-722.
  • Sondage mené auprès de 2 300 femmes en novembre 2014, réalisé par le magazine Elle Québec en collaboration avec ÉquiLibre. Les résultats sont présentés dans le numéro du mois de mai 2015.
  • Polivy et Herman, 1985. Théorie de la restriction.

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